Je viens de recevoir la nouvelle et comme tous ceux qui ont eu le privilège de la rencontrer, j’en suis bien peinée : "Fangfang" est morte, dans l’incendie de sa maison de bois à Danian, au Guangxi, la nuit du 9 au 10 décembre ; la nouvelle était publiée à partir du 11 décembre. Elle avait souvent dit que les incendies étaient une calamité dans la région où elle vivait à l’année parmi ses protégés. Françoise Grenot-Wang a eu une vie difficile mais gardait le plus souvent un sens de l’humour communicatif. À la suite d’un divorce (son mari Chinois lui avait préféré une Chinoise plus jeune...) au lieu de se morfondre, elle s’était jetée dans l’action humanitaire pour ces minorités qu’elle avait découvert un peu par hasard, quand elle était seulement interprète. Pour elle, les grandes montagnes Miao étaient une sorte de paradis sur terre, où il fallait bien sûr accepter des coups du sort, mais où la naïveté touchante et la qualité d’âme des villageois la portaient dans son action.
Elle s’intéressait surtout à l’instruction des petites filles, souvent négligée faute d’argent par les parents trop pauvres, à la construction ou la reconstruction d’écoles dans cette région où l’habitat en bois est souvent réduit en cendres, à l’aide aux familles de sinistrés par incendie. Depuis une dizaine d’années, elle faisait la navette avec la France pour promouvoir l’artisanat de ces villageois et faire connaître l’association Couleurs de Chine, afin de permettre le soutien à la scolarisation des fillettes de cette région. Elle participait volontiers à des rencontres pour parler et faire connaître leur mode de vie, par exemple en collaboration avec le film documentaire réalisé en 1995 par Marie-Claire Quiquemelle (sur les Miao "noirs" et les Dong, voir : http://www.sfav.fr/film-le-mythe-du-buffle---quelques-f%EAtes-des-miao-noirs-122.php).
Elle avait aussi publié une monographie : Chine du sud, la mosaïque des minorités, dont la 2e édition revue et complétée était éditée par Les Indes Savantes en 2005 et un livre de souvenirs (que j’ai bien sûr achetés). Ce dernier, Au Coeur de la Chine, publié l’an dernier aux Éditions Albin Michel, s’achevait sur son inquiétude devant les effets de la modernisation sur un mode de vie qu’elle craignait de voir menacé. L’auteur travaillait à une traduction d’un livre sur les Miao dont elle livrait des extraits en annexe.
Voici les articles qui évoquent son action et sa fin tragique :
Si vous pouvez vous aussi faire connaître son association, même si cela ne la fera pas revivre, peut-être que cela apportera un peu à l’aide qu’elle avait initiée et qu’elle aurait sûrement souhaité ne pas voir s’arrêter après son départ - qu’elle ne pouvait soupçonner si proche. On est bien peu de choses...
Nous serions heureux de savoir si quelqu’un pourra reprendre le fil de son action avec une aussi grande proximité et autant de dévouement. Bien à vous,
« PS : Les funérailles de Fang Fang ont lieu ce weekend du 19-20 décembre sur place, selon ses volontés. Marine Vitré, nommée par Couleurs de Chine, assurera la continuité de l’action à Danian. L’association a mis en ligne les témoignages des parrains et amis de Françoise Grenot-Wang qui s’associent à la douleur de sa famille, de ses enfants et de ses collaborateurs. L’INALCO, où elle étudia, publie aussi cette triste nouvelle mais attend plus de détails avant de les poster. »
Françoise avait assuré pendant plusieurs années la mise en page de la revue Études chinoises de l’AFEC. L’équipe actuelle de la rédaction se joint à cet hommage et exprime sa sincère tristesse face à la perte tragique d’une personne si active et dévouée pour les autres.
In memoriam Claire Jullien
Deux textes en hommage à Claire Jullien nous sont parvenus et sont reproduits ci-dessous
Claire JULLIEN, directrice de la Librairie Le Phénix est décédée
Mercredi 10 décembre 2008
Claire Jullien, animatrice et pilier de la librairie Le Phénix depuis plus de
trente ans vient de nous quitter, fauchée en pleine activité par une maladie
foudroyante. Son décès brutal nous laisse abasourdis, une douleur indicible au
coeur.
Elle commence ses études aux Langues orientales, les poursuit en Chine
avec un des premiers groupes de jeunes sinologues autorisés à y séjourner au
lendemain de la révolution culturelle. Elle en revient pourvue d’une solide
connaissance du monde chinois et d’une maîtrise exceptionnelle de la langue.
Elle rejoint la librairie en 1975 alors dirigée par Régis Bergeron (1925-2007) .
Sa solide formation universitaire et de grandes qualités humaines ont
façonné le visage de la librairie, centre de ressources sinologiques et lieu
interculturel ouvert sur le monde, où se cotoient chaque jour Chinois et Français.
En 1980, un violent attentat, attribué à l’extrême-droite détruit le Phénix.
Elle en est une des victimes principales et en portera irrémédiablement dans sa
chair des marques profondes. Les cicatrices invisibles ne furent sans doute pas
les moins douloureuses.
Un an plus tard, la librairie refaite à neuf, rouvre ses portes. Claire Jullien
est là, fidèle au poste. Depuis 1984, année du départ de Régis Bergeron en
retraite, elle en assume la direction avec Philippe Meyer.
Tous ceux qui l’ont connue et aimée se souviendront de sa grande
disponibilité, sa générosité et des multiples services qu’elle sut rendre dans la
plus grande discrétion.
Elle laisse un vide immense dans le coeur de ses collègues.
Philippe Meyer, Katie Mouisset, Michèle Zedde, Chen Chiu Ming,
Song Gang, Elodie Dusuzeau, Nathalie Bernard,Wang Yanhui,
Bruno Loussouarn
Un phénix est parti, l’autre phénix est triste
Un oiseau s’en est allé, l’autre reste.
Où se trouve le nid vers lequel il est retourné ?
Sur une haute colline, entre la France et la Chine.
Dans l’après-midi du 10 décembre 2009, j’ai appris
la triste nouvelle de la mort de Claire.
Ce poème, composé le même jour et calligraphié
le lendemain témoigne de mon respect envers
cette amie de longue date qui a consacré
sa vie à l’amitié entre nos deux pays.
On Thursday 7 February 2008, the first day of the Chinese New Year, Emeritus Professor Erik Zürcher passed away. He had been in frail health for some time, and his eyes were giving him trouble. He remained fully clear of mind until the end, as testified by his publication in 2007 of a major monograph containing translations of conversations between Jesuit Guilio Aleni and local Chinese literati. This constitutes a unique study of international religious contact, for once not focusing on polemics conducted from elite perspectives but on debate between a missionary and what Zürcher liked to call the local schoolmasters.
A student at LeidenUniversity from 1947, Erik Zürcher produced a brilliant PhD dissertation in 1959, which quickly became a classic in the study of Chinese Buddhism, The Buddhist Conquest of China. The first edition is still graced by his beautiful Chinese handwriting (he was also known for his masterful drawings). The Buddhist Conquest was reprinted in 1972 and again in 2007, indicating the importance of this work. Personally, I have always felt that his dissertation must have been both a joy (for it set him off on a successful career) and a burden (for it was a hard act to follow). Be that as it may, he wrote a flow of serious articles from the 1970s onward – on such topics as early Chinese vernacular, Buddhist messianism and the early Jesuit mission – of which the significance is undiminished today. Somewhere hidden in a drawer there must be several typescript chapters of his grammar of the Chinese in Kumarajiva’s translations of Buddhist texts. A common element in his research on Buddhism, Christianity and Chinese communism was the encounter of Chinese culture and foreign thought and worldviews. Characteristically, while he produced a course syllabus containing a detailed analytical model for this material, he never published this in English. He often preferred staying close to the sources rather than designing abstract vistas.
In addition to his scholarly work, Zürcher was also a builder of institutions, at a time when there was much room for personal initiative without red tape or formats imposed from above. As early as 1931, Zürcher’s teacher, Professor JLL Duyvendak, had founded the Sinological Institute ; after Professor Hulsewé retired in 1974, Zürcher became the Institute’s director, even though the directorship was later deemed ad interim,because the Institute’s formal status had somehow evaporated between institutional-organizational lines. However, since “the Sinological Institute” is how Chinese Studies at LeidenUniversity was known internationally, we have continued to use this name at home and abroad – and with some justification, for the Institute comprises a Department of Chinese Studies and an outstanding Sinological Library.
Having first been appointed Reader, in 1961 Erik Zürcher took up duty as full professor of Far-Eastern History, with special attention to Chinese-Western contacts in the broad sense. This was doubtless a purposefully vague designation : in the Chinese tradition, the West includes India, the breeding ground of Buddhism, and not just faraway Europe. In 1969, after several years of successful lobbying, Zürcher founded the DocumentationCenter for Contemporary China (with a dedicated budget), facilitating the study of present-day China and communism by others. In Europe, this made Leiden one of the Universities that took modern China seriously early on. In itself this made sense, since Chinese Studies in the Netherlands had consistently been linked with practical concerns in the areas of colonial rule, international relations and trade – but it was typical of Zürcher that he managed to put the study of modern China on an institutional footing. From 1976 to 1992, he was co-editor of T’oung Pao, the oldest still extant sinological journal today. He enjoyed ample academic recognition, visible in honors such as membership of the Royal Netherlands Academy of Arts and Sciences (from 1975) and election to Correspondant étranger de l’Académie des Inscriptions et Belles-lettres (from 1985).
From the 1970s, while taking part in work on European Expansion elsewhere in the Faculty of Arts, Zürcher taught and served in various administrative functions in the Department of Chinese Studies. Additionally, throughout the years he sat on countless committees inside the University and elsewhere, including international scholarly organizations and institutions such as Unesco. In 1978, following a request from Chinese Studies’ students, he began preparing slide series for classroom use, an initiative which quickly grew into a prestigious project for visual education (co)funded by the Taiwan Chiang Ching-kuo Foundation, for which, together with colleagues, he systematically collected images for the production of thematic slide series. The project moved on into computerization early on, but following the increasingly strict enforcement of copyright rules and the advent of the Internet, what had been a head start now turned into an administrative backlog that made it difficult to continue and expand. Meanwhile, many cohorts of students had enjoyed and learned from this “visualization of Chinese history”. Zürcher’s interest in matters visual, closely interwoven with the archaeology, art and material culture of China, was also manifest in his initiative toward the establishment of the Hulsewé-Wazniewski Foundation, which has advanced teaching and research in these areas at LeidenUniversity since 1997.
As in his research, so in his teaching Zürcher excelled at clear, well-formulated exposition. Unfortunately, he had no senior students in his own, original field of early Buddhism, but he trained many in the study of Christianity in China in the 17th century. Especially his 1980s seminars truly helped shape some of his students at the time, including Nicolas Standaert, now professor of Chinese at the Catholic University of Leuven and the undersigned. Still, personal attention was not the most important thing, for Zürcher was used to maintaining a certain distance from us as students, and later as PhD candidates and colleagues. While this could at times be frustrating, it was more than made good by the sheer space he gave us to develop – and this was not just laissez-faire but also bespoke a fundamental conception of and attitude to knowledge. During seminar sessions, he would, for instance, emphasize that he himself had needed years to master particular types of language such as those employed in Buddhist and Taoist texts. At the same time, frequent instances of irony in his comments on our readings created room for new interpretations. His astonishing command of various types of premodern Chinese (and English, and Dutch, and many other tongues) made what he said highly motivating for me and many others.
Erik Zürcher combined phenomenal erudition with an exceptionally critical mind and something one might simply call intellectual style – and with a keen sense of humor. He was a great sinologist, who made invaluable contributions to scholarship and inspired many students and colleagues.
Barend ter Haar, 12 February 2008
In Memoriam Christine Nguyen-Tri
IN MEMORIAM
HOMMAGE À CHRISTINE NGUYEN TRI
Le 11 septembre 2005, Christine Nguyen Tri, spécialiste de l’histoire de Chine, rendait son dernier souffle, après une lutte courageuse contre un cancer qui la minait depuis un certain temps déjà. Elle a su mourir avec une dignité à l’égale de celle dont elle a fait montre pendant sa vie, avec un courage et une générosité hors pair ; jusqu’au bout, elle a fait croire à ses amis et à ses proches qu’elle s’en sortirait. Elle avait à son chevet le livre d’un de ses maîtres à penser, Jacques Ellul, lequel a développé une vision très pessimiste du devenir de l’humanité et des sociétés modernes soumises à l’idéologie du progrès et du développement à l’infini, mais cette vision présente l’intérêt de remettre en cause la supériorité du modèle occidental, y compris de la démocratie, qui ne peut selon lui résister aux conditions imposées par la technique. Or, toute sa vie, Christine Nguyen Tri, sensible à l’injustice et au sentiment de supériorité des uns voulant imposer leur suprématie ou leur modèle aux autres, a cherché à débusquer les pièges de la pensée et de la société, quête qui l’a conduite à étudier l’histoire, puis à se passionner pour celle de la Chine.
Née à Rauzan dans l’Entre-deux-mers, de père sino-vietnamien et de mère française, elle était la plus jeune de six sœurs et fut la seule à pouvoir poursuivre des études, grâce au soutien sans faille de ses soeurs. Personnalité assoiffée de connaissance, à l’esprit alerte, elle eut tôt fait de trouver sa vocation : l’enseignement et la transmission du savoir. Titulaire d’une maîtrise et d’un CAPES d’histoire–géographie (1972-1976), elle enseigna comme professeur d’histoire de 1976-1980 au collège Albert Camus d’Yvetot (Seine maritime) puis de 1988 à 1989 au collège Paul Eluard de Bonneuil sur Marne (Val de Marne). Après sept années d’apprentissage et d’expérience pédagogique dans diverses régions de Chine, en 1990 elle soutint avec succès un doctorat de troisième cycle pour, aussitôt après, enseigner à l’Inalco l’histoire de Chine en tant que maître de conférences jusqu’en 2005. Ses cours couvraient quasiment toutes les périodes depuis l’antiquité jusqu’à l’époque contemporaine. De 1990 à 1995, elle traita de la Chine des origines au XIIIe siècle, de la Chine moderne des guerres de l’opium à 1949 et de la Chine de 1949 à nos jours. Puis, à partir de 1996, son enseignement porta plus particulièrement sur l’histoire ancienne d’une part, sur l’historiographie et sur les rapports entre Chine et Occident d’autre part. Elle était entièrement dévouée à ses étudiants et a souhaité leur apporter ce qui, pour elle, était l’essentiel : l’art de la réflexion et le sens critique.
Dans ses activités de recherche, Christine Nguyen Tri s’était orientée vers trois axes principaux : l’histoire de l’éducation, des lettrés et des intellectuels de la fin du XIXe et du début du XXe ; les relations entre la Chine et l’Occident ; l’écriture de l’histoire en Chine et du discours sur la Chine en Chine et hors de Chine. Elle était sur le point de passer son habilitation à diriger des recherches. Le dossier était déposé, et les pré-rapports de Mme Marianne Bastid-Bruguière, Monsieur François Macé et Monsieur Gregory Lee, très élogieux, laissaient présager une belle soutenance. Dans la synthèse de ses travaux intitulée Chine et modernité d’un siècle à l’autre ou Chinois encore un effort pour être moderne, elle décrit en entrelacs de sa vie personnelle et professionnelle l’itinéraire de sa vocation avec beaucoup de sincérité et un ton personnel peu usuel dans ce type d’exercice académique, mais qui montre qu’elle était avant tout une humaniste pour qui le savoir doit être au service du développement des valeurs humaines.
Sa thèse, intitulée L’Ecole publique de Nanyang : élite et éducation moderne à Shanghai, 1897-1937, fut menée sous la direction de Marie-Claire Bergère et soutenue en 1990 à l’EHESS. À travers l’histoire de cette école de Shanghai, elle analyse notamment le problème des rapports entre lettrés considérés par nature comme conservateurs et intellectuels forcément occidentalisés et progressistes et leur tentative de concilier l’enseignement moral des Classiques et celui des sciences et des techniques. En fidèle disciple d’Ellul, elle remit en question les concepts de tradition et de modernité dans l’usage qui en était fait et conclut qu’ils n’aidaient pas à une meilleure compréhension du monde. Elle écrit dans la synthèse de son habilitation : « Ne serait-il pas grand temps de poser un autre regard sur cette modernité et donc sur la tradition (les traditions) qui lui est opposée ? Il faudrait en particulier cesser d’associer de manière obligée modernité et occidentalisation. Il n’est pas sûr que nous en soyons capables ; je n’en veux pour preuve que la constance avec laquelle, au moins en Occident, nous avons tendance à considérer les deux termes comme équivalents, en particulier lorsqu’il est question de la Chine du début du xxe siècle et de ce début de xxie siècle. »
Dans la continuité de sa thèse, Christine Nguyen Tri a poursuivi ses recherches sur l’histoire de l’éducation en Chine, enrichissant notre connaissance des réalités concrètes de la nouvelle éducation à la fin des Qing et sous la République. Lorsque le Département Chine de l’Inalco reçut de la République de Chine le prix de la Fondation franco-chinoise, Christine Nguyen Tri et moi-même avons organisé un colloque international sur l’éducation et l’instruction en Chine qui a abouti à la publication de trois volumes chez Peeters. Lors de la préparation de ce colloque, alors que je m’orientais plutôt vers une réflexion sur le contenu de l’éducation et les modes de transmission du savoir, ma collègue choisit des thèmes sortant résolument des sentiers battus des examens mandarinaux et de la formation littéraire des lettrés. Trois axes se dégagèrent : l’éducation élémentaire sur laquelle Jacques Gernet avait déjà mené des recherches et enseigné plusieurs années dans ses cours au Collège de France, les formations spécialisées et l’éducation aux marges de l’orthodoxie ; elle réussit ainsi à réunir autour de ces thèmes la plupart des sinologues français.
Ses travaux touchant à l’éducation ne sont pas limités à la fin du xixe et au début du xxe siècle. Les temps présents l’ont aussi intéressée et ces recherches ont donné lieu à un article sur l’enseignement de l’histoire en Chine à partir de l’étude de quelques manuels d’histoire et d’éducation politique actuels d’une part, et d’autre part à des conférences sur l’apparition d’un secteur privé dans l’éducation, ou plus exactement de la « privatisation » de l’éducation, phénomène qui touche aussi bien de nouvelles créations que d’anciennes institutions financées autrefois par l’État et qui sont encouragées à devenir indépendantes sur le plan financier. Elle menait ces recherches sur le thème de la privatisation dans le cadre de l’UMR 8561, E.H.E.S.S.-C.N.R.S., Centre d’études sur la Chine moderne et contemporaine dont elle était membre associé.
Parallèlement à ses travaux sur l’histoire de l’éducation en Chine, Christine Nguyen Tri avait commencé depuis un certain temps déjà à s’interroger sur les images que l’on avait de la Chine en Europe. Voulant enquêter sur les sources d’informations en France sur la Chine au xixe et au début du xxe siècle, elle mena une étude très fouillée sur Henri Cordier (1849-1925), professeur de civilisation aux Langues O’ pendant plus de quarante-trois années, fondateur de la revue franco-hollandaise, le T’oung Pao qu’il dirigea en association avec Gustave Schlegel (1840-1903), Édouard Chavannes (1865-1918) et Paul Pelliot (1878-1945), ces deux derniers comptant parmi les grands ancêtres de la sinologie française. Elle écrivit également un article sur Paul Demiéville et un autre sur l’enseignement du chinois, parus dans deux volumes publiés en 1995 à l’occasion du bicentenaire de l’École des langues orientales.
Mme Nguyen-tri a apporté une contribution très appréciable à l’Association française d’Etudes Chinoises (AFEC). À l’automne 1990, elle a lancé, avec Jacqueline Nivard, la Lettre d’Information de l’AFEC, prenant en charge les quatre premiers numéros et rédigeant en numéro hors-série un annuaire des établissements d’enseignement et de recherche sur la Chine, ainsi que plusieurs bibliographies (thèses en cours, etc.), outils précieux à l’époque où Internet n’était pas encore d’usage répandu. Elle a régulièrement soutenu la revue de l’association, Études chinoises, qu’elle ne manquait jamais de présenter à ses étudiants et dans laquelle elle a publié douze comptes rendus d’ouvrages et un article. De même doit-on souligner sa contribution majeure, avec son amie Jacqueline Nivard, à la Revue bibliographique de sinologie (RBS), pour laquelle elle a rédigé plusieurs notices bibliographiques et une vingtaine de comptes rendus certes par curiosité intellectuelle, mais aussi par souci de faire connaître les travaux des autres.
Elle a par ailleurs été un membre très actif du Centre d’études chinoises dont elle venait d’être nommée directrice adjointe. Elle y dirigeait un groupe de recherche sur le thème « Éducation, langue et identité dans la Chine et le Japon modernes », auquel participaient notamment Asari Makoto, maître de conférences de japonais à l’Inalco menant des recherches entre autres sur l’utilisation de l’écriture chinoise dans la langue japonaise et sur ce que cela peut impliquer en terme d’identité nationale ; Christian Galan, maître de conférences de japonais à l’université de Toulouse Le Mirail, spécialisé sur l’enseignement de la lecture au Japon depuis le xixe siècle, recherche qui l’a conduit à aborder, entre autres, la question de la réforme de l’éducation dans le Japon de Meiji ; Yang Dan, maître de conférences de chinois à l’Inalco et menant des recherches sur les nouveaux manuels pour enfants dans la Chine contemporaine.
Il convient enfin de mentionner la grande culture qu’avait Christine Nguyen Tri et ses lectures sur des domaines tels que les sciences, la biologie et la physique quantique qui nourrissaient aussi sa réflexion. Dans la synthèse écrite pour son habilitation, elle nous livre certains éléments qu’elle en avait tirés dans sa quête du sens de la vie, dont celui-ci : « Les biologistes donnent aussi une vision quelque peu révisée des buts de la vie sur terre, ce n’est ni le progrès infini, ni un monde toujours meilleur (ni pire d’ailleurs), mais tout simplement la mort, ce vers quoi tendent inexorablement tous les organismes pris dans ce grand maelström appelé vie et évolution. »
Catherine Despeux
publications ARTICLES 1992. « La vie quotidienne dans une université shanghaienne (vers 1920) », Cahiers d’études chinoises, 10, 1992, p. 35-58 [Paris, Inalco]. 1992. « Le missionnaire et le mandarin : deux pionniers de la réforme éducative à la fin du xixe siècle en Chine », Études chinoises, xi, 1 1992, p. 109-134. 1993. « Éducation chinoise et modèle occidental au tournant du siècle », Historiens et géographes, 340, 1993, p. 137-144. 1994. « Chuanjiaoshi yu guanli – 19 shiji mo Zhongguo jiaoyu gaige xianqu 传教士与官吏 十九世纪末中国教育改革先驱 », Guowai Zhongguo jindaishi yanjiu 国外中国近代史研究, 26, 1994, p. 212-234 [Traduction en chinois de l’article « Le missionnaire et le mandarin » [1992], dans la revue Recherches internationales sur l’histoire de la Chine moderne]. 1994. Notices biographiques de quatre écrivains chinois (Han Shaogong, Jia Pingao, Mo Yan, Zhao Shuli) in : Dictionnaire des littératures étrangères, Paris, Presses Universitaires de France, 1994. 1995. « Paul Demiéville, les Langues O’ et les études chinoises (1917-1945) », in : Marie-Claire Bergère, Angel Pino (éds.), Un siècle d’enseignement du chinois à l’École des Langues Orientales, 1840-1945, Paris, L’Asiathèque, 1995, p. 173-210. 1995. « L’enseignement de la langue et de la civilisation chinoises depuis 1945 », in : Pierre Labrousse (éd.), Deux siècles d’histoire de l’École des langues orientales, Éditions Hervas, 1995, p. 299-300. 1995. « La vogue des manuels d’enseignement élémentaire traditionnels en R.P.C. Naissance d’une recherche, retour de la morale confucéenne ou manipulation politique ? », Revue bibliographique de sinologie,xiii, 1995, p. 35-46 [Paris, E.H.E.S.S.] 1995. « Come i ragazzi cinesi studiano a scuola la loro storia patria », La cina è un giallo, Limes (revista italiana di geopolitica), i, 1995, p. 55-74. 1997. « Chine et imaginaire occidental. Quelques publications récentes en France », Revue bibliographique de sinologie, xv, 1997, p. 195-202. E.H.E.S.S. 1998. « Un espace de liberté en République Populaire de Chine : les langues parlées ? », in : Salem Chaker (éd.), Langues et pouvoir. De l’Afrique du Nord à l’Extrême-Orient, [Bicentenaire de l’Inalco (1795-1995)], Aix-en-Provence, Édisud, 1998, p. 315-326. 1998. « Faguo guoli Dongfang xiandai yuyan xueyuan youguan Zhongguo yuyan wenhua de jiaoxue 法国国立东方现代语言学院有关中国语言和文化的教学(L’enseignement de la langue et de la civilisation chinoise à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales) », in : Jean-Pierre Drège 戴仁 (éd.), Faguo dangdai zhongguoxue 法国当代中国学(Cinquante ans d’études chinoises en France), Pékin, Zhongguo shehui kexue chubanshe, 1998, p. 509-517. 1998. « Être orientaliste au xixe siècle. Le cas Henri Cordier », in : Michel Cartier (éd.), La Chine entre amour et haine, Actes du viiie colloque de sinologie de Chantilly, Institut Ricci, Desclée de Brouwer, 1998, p. 209-263. 2000. « L’éducation en Chine, recherches et travail éditorial », Revue bibliographique de sinologie, xviii, 2000, p.87-98. 2001. « L’éducation en République Populaire de Chine entre contrôle étatique et économie de marché », Autrepart, Numéro spécial Des écoles pour le Sud, Stratégies sociales, politiques étatiques et interventions du Nord, 17, 2001, p. 69-89. 2001. « La privatisation de l’éducation en Chine », Perspectives chinoises [Dossier éducation], 65, 2001, p. 28-35. 2003. « Manuels scolaires et pédagogie en Chine au début du xxe siècle, le Mengxuekeben », in : Christine Nguyen Tri, Catherine Despeux (éds.), Éducation et instruction en Chine : I. Éducation élémentaire, Paris-Louvain, Peeters, Collection Bibliothèque de l’Inalco, 2003, p. 133-159. 2003. « Culture lettrée et pédagogie occidentale : les manuels scolaires des Presses commerciales de Shanghai au début du xxe siècle », Daruma. Revue internationale d’études japonaises, 12 & 13, Automne 2002- printemps 2003, p. 171-196. 2003. « Discours sur l’apprentissage de l’écriture chinoise (fin du xixe, fin du xxe siècle) », Faits de langue, Revue de linguistique, 22, 2003 [Dynamiques de l’écriture, approches pluridisciplinaires], p.117-128. 2003. Préface au numéro spécial de Faguo hanxue 法国汉学 (Sinologie française), Jiaoyushi zhuanhao 教育史专号 (Numéro spécial sur l’éducation), 第八辑, 2003, p. 1-8. Ce numéro spécial est composé d’un choix d’articles tirés des trois volumes d’Éducation et instruction en Chine. 2003. « Ershi shiji chu Zhongguo de jiaoxue keben yu jiaoyuxue 二十世纪初中国教学课本与教育学 », Faguo hanxue 法国汉学, Jiaoyushi hao 教育史专号, 第八辑, 2003, p. 306-329 [traduction de l’article « Manuels scolaires et pédagogie en Chine au début du xxe 2004. « Être enfant », in : Chine, trésors du quotidien. Sur les traces de François Dautresme, Skira/Grimaldi Forum Monaco, 2004, p. 33-38. 2005. « Les lettrés et la réforme éducative en Chine, Tang Wenzhi, directeur d’une école moderne (1907-1920) » in : Annick Horiuchi (éd.), Éléments d’histoire de l’éducation au Japon, Paris, Les Indes savantes, 2006. ÉDITION D’OUVRAGES Christine Nguyen Tri et Catherine Despeux (éds), Éducation et instruction en Chine, I. L’éducation élémentaire, Paris-Louvain, Éditions Peeters, Collection Bibliothèque de l’Inalco, 2003, 227 p. Christine Nguyen Tri et Catherine Despeux (éds), Éducation et instruction en Chine, II.Formations spécialisées, Paris-Louvain, Éditions Peeters, Collection Bibliothèque de l’Inalco, 2003, 258 p. Christine Nguyen Tri et Catherine Despeux (éds), Éducation et instruction en Chine, III. En marge de l’orthodoxie, Paris-Louvain, Éditions Peeters, Collection Bibliothèque de l’Inalco, 2004, 244 pages. RECUEILS DOCUMENTAIRES Annuaire 1991-1992 [Établissements d’enseignement supérieur, Centres et équipes de recherches (Chine, Mongolie, Aires Tibétaine et Himalayenne)], numéro spécial de la Lettre d’information de l’Association Française d’Études Chinoises, décembre 1991. Annuaire 1992-1993 [Établissements d’enseignement supérieur, Centres et équipes de recherches (Chine, Mongolie, Aires Tibétaine et Himalayenne), bibliothèques et librairies spécialisées], numéro spécial de la Lettre d’information de l’Association Française d’Études Chinoises, septembre 1992. Lettre d’information de l’Association Française d’études chinoises, en collaboration avec Jacqueline Nivard, numéro 1 (novembre 1990), numéro 2 (mars 1991), numéro 3 (juin 1991), numéro 4 (décembre 1991). Bloc-notes, numéro 1 [Liste des thèses en préparation sur la Chine, les Chinois d’Outre-mer, Hong Kong, Taiwan, Tibet], bulletin d’information et de recherche du Centre d’études chinoises du département Chine de l’Inalco, juin 1992. Bloc-notes, numéro 2 [Missions en Chine, été 1993], bulletin d’information et de recherche du Centre d’études chinoises du département Chine de l’INALCO, mai 1994. Comptes rendus de lecture publiés dans Études Chinoises Dominique Liabeuf et Jorge Svartzman (éds.), L’oeil du consul, Auguste François en Chine (1896-1904), Paris, Chêne/Musée Guimet, 1989, 215 pages, Études chinoises, 1990, IX, 1, pp. 159-161. Auguste François, Le mandarin blanc : souvenirs d’un consul en Extrême-Orient, 1886-1904, Textes rassemblés et présentés par Pierre Seydoux, Paris, Calman-Lévy, 1990, 379 pages, Études chinoises, 1990, IX, 2, pp. 201-204. Flora Blanchon, Histoire de Chine : de la royauté à l’Empire, préface de Léon Vandermeersch, Paris, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 1990, 208 pages, Études chinoises, 1990, IX, 2, p. 220. Jan Potocki, Au Caucase et en Chine : une traversée de l’Asie par l’auteur du Manuscrit trouvé à Saragosse, 1797-1806, Paris, Phébus, 1991, 264 pages, Études chinoises, 1991, X, 1-2, pp. 277-279. John Thomson, L’empire de Chine : premiers voyages, premières images (1862-1872), traduit et présenté par H. Vattemare [1879], Paris, Albin Michel, 1990, 143 pages, Études chinoises, 1991, X, 1-2, pp. 294-295. Patrick Bernard et Michel Huteau, Yunnan-Guizhou, couleurs tribales de Chine, Xonrupt-Longemer, Anako, 1989, 176 pages, Études chinoises, 1991, X, 1-2, p. 303. 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